Mémoires d’un témoin du siècle (n°1) – L’enfant (Malek Bennabi)
« En naissant en 1905, en Algérie, on vient à un moment où le courant de conscience peut être connecté sur le passé, avec ses derniers témoins, et sur l’avenir avec ses premiers artisans. J’ai donc bénéficié d’un privilège indispensable au témoin, en naissant à un tel moment.
Dans mon milieu familial j’ai trouvé, en effet, une aïeule, Hadja Baya, alors centenaire et qui mourra quand j’aurai trois ou quatre ans. Je ne l’ai donc pas connue suffisamment. Mais en quittant ce monde, elle laissait, dans le milieu familial où je commençais à prendre conscience, ses souvenirs vivants qu’on allait me transmettre dans la famille.
Naissance d’une société (Malek Bennabi)
« Une société n’est pas riche par la quantité de “choses” qu’elle possède, mais par la somme de ses “idées”. Il peut arriver en effet qu’une circonstance tragique — un cataclysme ou une guerre — abolisse son “monde des choses” totalement, ou lui en fasse perdre le contrôle momentanément. Si, en même temps, la société ne dispose plus de son “monde d’idées”, elle n’aura, positivement, plus rien. Mais si dans le cataclysme elle a pu sauver ses “idées”, c’est alors comme si elle avait tout sauvé puisqu’elle peut refaire le “monde des choses”. »